Espagne au Coeur - Les camps de la honte
Février-mars 1939
Un demi-million de réfugiés espagnols déferlent sur la frontière française et submergent le Roussillon. Vaincus après avoir été lâchés par leurs alliés naturels, ils sont pourchassés par une armée fasciste qui ne fait pas de quartier. C'est l'un des plus grands exodes des temps modernes. Pour le maîtriser, le gouvernement radical du président Daladier ouvre des camps de concentration, les premiers dans la France des Droits de l'Homme. D'abord sur les plages catalanes et languedociennes, puis dans tout le Midi de la France, on entasse sans abri et sans ménagement les rescapés d'une République dont la France se disait la meilleure alliée. Aujourd'hui d' Argelès-sur-Mer à Gurs, en passant par Agde, Brain, Septfonds, ou le Vernet d'Ariège, quelques stèles de marbre, quelques croix de granit, quelques signes rappellent que cette région fut autrefois celle du «goulag». Les réfugiés espagnols y ont appris la géographie française à travers les camps du mépris. Des milliers d'entre eux y sont morts des blessures de guerre et des blessures de l'âme. Achevés par l'indifférence d'une époque où I'idéal était déjà en berne.
C'est une forme d'hospitalité officielle qu'on n'aime pas trop évoquer. Compris entre la guerre d Espagne et la seconde guerre mondiale, ce peu glorieux épisode concentrationnaire est gommé de la mémoire collective nationale. Ni camps d'extermination, ni camps de travaux forcés, ces camps hébergent 250000 miliciens jugés encombrants parce qu'ils sont républicains et espagnols. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces militants et ces soldats sont la mauvaise conscience de ce qu'il reste alors de l'esprit du Front Populaire français. Sur les berges de ce fleuve de misère, des mains secourables se sont tendues. Mais trop souvent l'incompréhension, la crainte, la haine parfois, l'ont emporté sur la fraternité. [...]
Cinquante ans après, s'ils reconnaissent que la France de 1939 leur a « quand même » sauvé la vie, ils conservent des humiliations subies dans les «campos franceses » des cicatrices douloureuses. [...] Mais l'histoire de cet exil est celle d'une fidélité exemplaire, l'intégration drs Espagnols s'est faite en passant par les chemins de la résistance aux nazis et de l'opposition intransigeante au franquisme.

Extrait de l'ouvrage édité en 1981 aux Editions du Chiendent
Vous avez la mémoire courte - R. Grando, J. Queralt, X. Febrés
 
Lieux d'internement en zone Sud, septembre 1939 - juin 1940
(à l'exclusion des annexes du camp des Milles)

D'après Patrick Pentsch in J. Grandjonc et Theresia Grundtner  :
Zone d'ombres, Alinea, 1990 - Carte Monique Morales

camp  Camp du Vernet d'Ariège
Article de journal 1939
RETOUR