RETOUR
-Antonio MACHADO
El crimen fue en Granada
 A Federico Garcia Lorca
Se le vio, caminando entre fusiles  
por una calle larga,  
salir al campo frio,  
aun con estrellas, de la madrugada.  
Mataron a Federico  
cuando la luz asomaba.  
El peloton de verdugos  
no oso mirarle a la cara.  
Todos cerraron los ojos ;  
rezaron : ni Dios te salva !  
- 
Muerto cayo Federico  
- sangre en la frente y plomo en las entranas -  
... que fue en Granada el crimen  
sabed - pobre Granada ! - en su Granada ! 
- 
[...] 
Se les vio caminar...  
Labrad, amigos,  
de piedra y sueno, en el Alhambra,  
un tumulo al poeta,  
sobre una fuente donde llora el agua,  
y eternamente diga :  
el crimen fué en Granada ! en su Granada ! 
 
 
Ce poème de Machado fut publié pour la première fois le 17 octobre 1936 dans l'hebdomadaire "Ayuda".
 
On le vit marchant entre des fusils  
Par une longue rue  
Qui donnait sur la campagne froide  
de l'aube, encore sous les étoiles.  
Ils tuèrent Federico  
Alors que pointait la lumière.  
Le peloton de bourreaux  
N'osa pas le regarder au visage.  
Tous fermèrent les yeux ;  
Ils prièrent...Dieu lui-même ne te sauverait pas... 
- 
Federico tomba mort  
- du sang sur le front, du plomb dans les entrailles -  
... C'est à Grenade que le crime eut lieu,  
Vous savez - pauvre Grenade ! - dans sa Grenade !  

[...] 
On les vit s'éloigner... 
Taillez, amis, 
Dans la pierre et le rêve, à l'Alhambra, 
Une tombe au poète, 
Sur une fontaine, où l'eau pleure, 
et, éternellement dise : 
Le crime eut lieu à Grenade ... dans sa Grenade ! 
 
 

(Traduit par G. Pillement)
RETOUR