Espagne au Coeur

63e anniversaire de la mutinerie de la prison d'Eysses (Lot-et-Garonne)
Jaime Sero Bernat, Domenec Serveto Bertran et Angel Huerga Fierro

Jaime Sero guerrillero
Jaime Sero Bernat
« Le dernier combat pour Jaime et Domenec »
« Le 19 février 1944, 1200 internés à la Centrale d’Eysses avaient tenté de s’évader pour continuer le combat au dehors. Cet acte reste la plus importante mutinerie de la Résistance. Et puis vint ce 23 février. Sur ordre de Joseph Darnand, 50 otages sont choisis parmi les 1200 résistants. Douze sont condamnés à mort et passés par les armes. (...) Deux des douze fusillés étaient des Espagnols, des républicains engagés dans la Résistance française après avoir résisté à Franco. Les noms de Jaime Sero Bernat et de Domenec Serveto Bertran figurent bien sur la liste du « martyrologue ». on ajoute, sur fond de drapeau tricolore et de « Marseillaise », après lecture de leurs noms, « Mort pour la France ». Seulement voilà, il manque toujours la reconnaissance officielle de l’Etat français. « Peut-on être espagnol et mourir pour la France ? ». La réponse est évidente. On attend simplement que la demande officielle débouche sur une reconnaissance effective. Il y eut même un 3e républicain espagnol, victime directe, lors du transfert des 1200 résistants vers le camp de Dachau. Angel Huerga Fierro est mort le 30 mai 1944, sur la route de Penne d’Agenais, victime des coups violents donnés par des SS ».

Article publié le 26 février 2007 par la Dépêche du Midi (Lot-et-Garonne).
Domenec Serveto guerrilleroDomenec Serveto BertranAngel Huerga guerrillero
Angel Huerga Fierro
Notre ami Fabien Garrido, dont le père Ramon Garrido Vidal, responsable régional de Bretagne en 1942, fut interné à Eysses (matricule 2.753) puis déporté à Dachau (matricule 73.229) nous fournit ces précisions :

- Jaime, militant libertaire en Espagne ayant rejoint le PSUC dans la Résistance espagnole en Normandie, réorganisa en 1943, à Paris, des groupes clandestins espagnols. Il mena diverses actions armées pour le compte de Résistants français. Arrêté, il fut condamné par la Section Spéciale de Paris.  A Eysses, il fit partie des groupes d'assaut. Après l'échec de la tentative d'évasion collective, il fut condamné à mort par une cour martiale mise en place par Darnand dans l'enceinte même de la prison.

- Domenec, militant du PSUC, resta clandestinement en Catalogne après la victoire de Franco. Repéré par la police franquiste, il passa en France et fut détenu à Septfonds.  Arrêté avec plusieurs membres de l'organisation clandestine du camp, il fut condamné par le tribunal militaire de Montauban.  Il fit également partie des groupes d'assaut et fut condamné à mort.
La qualité de « résistant » de ces deux combattants peut difficilement être niée; l'un condamné par la Section Spéciale de Paris et l'autre par le Tribunal militaire de Montauban. En outre, ils appartenaient au Bataillon FFI d'Eysses qui fut reconnu comme unité militaire à la Libération. Tous les deux, furent condamnés à mort par une cour martiale de Vichy. Et pourtant, le Ministère de la Défense les a considérés jusqu’à présent comme des "victimes civiles étrangères".

Dans le même article, le journaliste évoque Angel Huerga Fierro qui est malheureusement trop souvent oublié. Angel, jeune ingénieur agronome de Léon, a rejoint en 36 les services de renseignements républicains. Par la suite, il devint Instructeur Politique de Division. A Eysses, il fit partie du triangle de la direction clandestine espagnole (responsabilité ignorée même encore aujourd'hui des anciens d'Eysses). Sur le chemin de la déportation, Angel fut lynché par les SS de la division Das Reich. Grièvement blessé à la tête, il décédera dans le convoi allant à Compiègne. Sa fille  fut recueillie et élevée par un sénateur.
Les lettres de prison de Jaime Sero Bernat, fusillé le 23 février 1944 (site de F. Garrido)