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Discours prononcé par Fabien Garrido le 5 juin 2004 à Prayols (Ariège) 
Narciso Falguera, président des Anciens Guérilleros et M. le Maire de Prayols
Fabien Garrido pendant son discours
Les drapeaux
José et Conrado Miret
deux héros espagnols de la Résistance en zone occupée
Chers amis, chers camarades,

Rendre hommage aux anciens combattants espagnols de la Résistance en France est pour moi particulièrement émouvant.
Emouvant car c’est le visage de mon père, les visages de tous ses camarades de combat, hier familiers, aujourd’hui disparus. Emouvant car au-delà du souvenir, c’est une présence qui manque cruellement.
Pour évoquer leur courage, leurs combats, quels mots trouver ? Quels mots employer ? Je vous avouerai que cela m’est difficile.

Mais je vais tenter d’évoquer brièvement la Résistance espagnole de la Zone Occupée ; Zone où combattit mon père. Et d’abord le souvenir de deux dirigeants : les frères Miret Musté.

Conrado Miret - 21 février 1942 José Miret, qui succéda à Emilio Nadal, pour devenir le responsable de l’Organisation clandestine espagnole de l’ensemble de la Zone Occupée. A ce titre, il assuma - dès 1940 -  dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses, un formidable travail d’organisation notamment par le développement de la presse clandestine avec Reconquista de Espana ou Treball. Outre Paris, sous son impulsion, de nombreux triangles clandestins furent créés en 1941 et 1942 dans tous les grands ports de la façade Atlantique ainsi que dans plusieurs villes de province. Arrêté le 30 novembre 1942, José Miret fut déporté à Mauthausen où il fut assassiné en novembre 1944.

Cette Résistance espagnole de la Zone Occupée est encore fort mal connue de nos jours. Mais elle fut particulièrement dure et difficile. Elle fut aussi synonyme d’une très grande misère matérielle ; les militants clandestins étant bien loin de manger tous les jours à leur faim. Parfois un seul morceau de pain pour la journée. Avec des logements très précaires et souvent misérables. Par manque de papiers d’identité, il leur était difficile de se faire embaucher même pour ce que l’on appellerait aujourd’hui des petits boulots. De même, l’absence de tickets de ravitaillement se faisait cruellement ressentir. Et cela, isolés dans un pays dont ils ne connaissaient ni la langue ni la société. Il fallait tenir pour se battre. C’était cela aussi la Résistance.

Mais la lutte armée n’était pas absente de leurs objectifs et de leurs actions. Ainsi Conrado, le frère de José Miret, devint en 1941, le premier chef de l’OS-MOI de Paris et est, à ce titre, responsable des premiers attentats commis dans la Capitale contre les troupes d’occupation allemandes. Arrêté le 10 février 1942 aux Invalides, il fut torturé à mort par les BS à la Préfecture de Police de Paris.

Jusqu’à présent, le lieu de son inhumation restait inconnu (Ivry, Mont Valérien, etc…). Mais, mercredi dernier, j’ai enfin reçu des services de la Ville de Paris son certificat d’inhumation. Conrado Miret a été enterré le 1er mars 1942 dans une fosse commune du cimetière de Bagneux (au Sud de Paris). Cette fosse aurait été détruite ou réutilisée !

En regardant ces jours derniers, à la télévision, un reportage sur les cimetières militaires allemands de Normandie, cimetières impeccablement entretenus, j’étais – et je reste - particulièrement révolté en pensant à la fosse commune du premier chef de la Résistance armée parisienne, Conrado Miret.

Mais parlons également de l’Espagne d’aujourd’hui. Un grand espoir existe depuis la récente défaite électorale du Parti Populaire. Diverses motions sur la reconnaissance et les aides aux victimes du franquisme sont actuellement débattues, souvent avec de vives polémiques, au Parlement espagnol. Et, il est probable que très prochainement le dossier traitant de la nationalité espagnole pour les descendants des exilés soit à nouveau ouvert aux Cortés. Je crois bien que nous sommes, tous ici, concernés par ce dossier.

Enfin, pour terminer, je voudrais vous faire part de mon grand espoir dans l’Espagne de demain. Cet espoir qui se base sur les imposantes et massives manifestations de la jeunesse et du peuple lors de l’affaire du Prestige, contre la guerre en Irak ou en réaction aux mensonges d’Aznar et du Parti populaire lors des récents attentats de Madrid. C’est cette Espagne là sur laquelle se fonde mes espoirs. Cette Espagne Rebelle et Généreuse, cette Espagne Insoumise et Fraternelle. C’est notre Espagne. Il nous faut être à leurs côtés dans ces combats.

Cette Espagne qui redeviendra République, soyez-en certains.
Merci
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