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Libération de Foix et de l'Ariège

Foix 1944 - La grande illusion de Bigeard

La Dépêche du Midi – Ariège - Publié le 20/08/2007

Article de Claude Delpla, historien


19 août 1944, Foix est libérée.

L'historien Claude Delpla revient sur cet épisode marquant de l'histoire locale.

Le 6 juin 1944, le débarquement en Normandie des troupes alliées a sonné le début de la défaite allemande en Europe de l'Ouest. Toutes les forces de la Résistance se trouvent mobilisées contre les occupants et leurs complices français. Une véritable levée en masse se produit en vue de libérer la France. Des milliers de jeunes courent vers les campagnes et les bois pour rejoindre les maquis, dispersés et peu armés.
Depuis 1943, les diverses organisations de Résistance ont connu les pires répressions. Les chefs disparaissent déportés, fusillés. En mai 1944, la Gestapo arrête la direction de l'Organisation de Résistance de l'Armée qui sera déportée.

Le Capitaine Abel Rous « Richard », nommé par Toulouse chef départemental du Service d'Atterrissage et Parachutage (SAP), a pour mission de créer des terrains de parachutages bien protégés par des maquis solides et stables. Il constate que les seuls maquis solides et opérationnels capables de recevoir des parachutages et de garder des armes, sont ceux des Guérilleros espagnols. Toutefois, ces combattants étant communistes, les services de parachutages d'Alger n'enverront pas d'armes aux communistes. « Richard » qui a reçu la mission de préparer la libération de l'Ariège doit obtenir des armes pour chasser l'armée allemande. Il décide de truquer la réalité et fait enregistrer les guérilleros comme maquis libertaires de « la Fédération Anarchiste Ibérique ». Le subterfuge marche à merveille, les parachutages tombent dans les environs de Rieucros. Toutefois, le 8 août, à 4 heures, sur le terrain « Pamplemousse » deux avions larguent cinq paquets (matériel radio) et cinq agents de la Mission Aube » accompagnés de trente containers.

La « Mission Aube » comprend six personnes : le commandant Bigeard (« Aube »), le major anglais William (« Bill ») Probert « Krypte » des services secrets britanniques ; le lieutenant anglais Goffin ; le lieutenant radio canadien Deller ; le sous-lieutenant radio français Grangeaud et un espagnol de Pamiers, Alphonse Canovas qui avait rejoint l'Afrique du Nord, et qui sert d'interprète.

La Mission Bigeard met à nu les contradictions et les oppositions entre la Résistance intérieure et les Résistances extérieures. Elle est l'écho ariégeois des dernières luttes des Gaullistes d'Alger contre les Giraudistes, notamment dans les services de renseignement entre le Commandant Paillote (ex-vichyssois) « giraudiste » et Soustelle, chef des services gaullistes.

Bigeard arrive en Ariège, persuadé qu'il dirige des maquis anarchistes espagnols. Son titre de délégué militaire départemental lui donne, pense-t-il le commandement des FFI de l'Ariège. Il ignore tout de la Résistance ariégeoise et se heurte à « Richard » et au Colonel Souyris « Aubert », chef départemental des FFI. L'État-Major « gaulliste » de Toulouse et le SAP désavouent Bigeard qui n'est reconnu par aucun groupe de résistance. Seuls ses « anarchistes » restent avec lui.

Le 18 août, au matin, Bigeard rencontre les responsables de la Résistance à Pamiers, libérée depuis la veille. Les FTP ne veulent libérer Foix que le 20 août. Profitant de cette erreur, Bigeard, conseillé par Ernest de Nattes, résistant de Foix, décide de libérer la ville dans l'après midi, avec ses « anarchistes ». Le but de Bigeard est de libérer Foix avec les troupes anarchistes afin que la préfecture de l'Ariège ne soit pas libérée par les FTP communistes.

Cette illusion de Bigeard, ignorant qu'il commande des communistes espagnols, durera jusqu'en 1994. Lors de la venue de Bigeard, à Foix, j'ai demandé au commandant « Robert » de dire au général que les guérilleros « étaient communistes». Bigeard a fait une erreur naïve.

Donc les Guérilleros dirigés par le commandant « Royo », le commandant « Robert » (José Alonso ») et le commandant « Madrilés » (Pedro Abascal), chef du 11e bataillon, croyant à la venue des maquisards français, marchent sur Foix, depuis Calzan. Réunis à l'entrée de Foix, les guérilleros attaquent vers 17 heures, en mitraillant la villa Lakanal, habitée par la Luftwaffe qui s'enfuit. Des guérilleros conduits par le mitrailleur « Canovas », par la route de L'Herm et le Petit Paris, parviennent sur les pentes du Pech qui dominent le Pont et mitraillent au FM les barrages allemands du Pont qui finissent par se replier dans la ville. Un second groupe de maquisards escalade les jardins surplombant l'Ariège, derrière le monument aux morts, au fond des allées de Villote.

Un troisième groupe renforcé par les cheminots de Salsenac, libère la gare, traverse l'Ariège, rejoint par un quatrième groupe d'Espagnols venus de Vernajoul avec Louis Destrem, ex-chef de l'AS. Ils vont occuper la préfecture et s'introduire dans la ville.

Le combat de rue va durer jusqu'à 19 heures. Un guérillero tombe gravement blessé au Mercadal. Des Fuxéens font le coup de feu et renseignent les maquisards. À 18 h 30, un train d'Allemands venant d'Ax arrive en gare. Des renforts FTP et des cheminots mitraillent depuis le pont et dans la gare. Deux Allemands sont tués ainsi que le conducteur, Puech. À 19 heures, le 2e bataillon de guérilleros de Montségur arrive enfin. La vieille ville est libérée, le combat se fait sur Villote où les guérilleros sautent d'un arbre à l'autre. Les Allemands se replient sur le lycée qui va être pris d'assaut. Deux guérilleros sont tués : José Fernandez tombe à l'entrée de la rue du Lycée, un autre (inconnu) est mitraillé en escaladant la clôture du lycée près des cuisines.

Bigeard fait mitrailler le lycée depuis la Barbacane tandis que montés par le Chemin Nôtre-Dame des mortiers bombardent l'établissement depuis le plateau. C'est alors qu'un employé des PTT, Cassé (de Vernajoul), vient voir Louis Destrem et indique que la ligne de téléphone marche toujours. Le capitaine des douanes Gisquet entre en contact avec le commandant allemand Rau et lui demande de se rendre. Le commandant anglais Probert garantit que la capitulation se fera avec les troupes françaises régulières. À 21 h 30, les Allemands se rendent. Il y a 150 prisonniers. Un civil fuxéen François Justamante a été tué par une balle perdue. La foule envahit Villote et va chanter toute la nuit.

Un militant communiste libéré de la prison, Jean Lagarde, est installé à la présidence du Comité de Libération (maire). Un autre communiste, sorti lui aussi de prison, Gabriel Prosper, imprimeur, devient préfet provisoire et président du Comité départemental de Libération.

Foix libérée ignore que demain ce sera la Bataille de Prayols.

Liberation de Foix
PASCUAL GIMENO, COMANDANTE ROYO,
LE GUERRILLERO OUBLIE.

En 1940, Virginie Cluzel, née Ardisson, avait 19 ans lorsqu’elle connut ce bel et attentionné capitaine espagnol qui travaillait à la Poudrerie de Saint- Chamat (50 km de Marseille). Il s’appelait Pascual GIMENO.
Communiste, il sympathisait avec son père, socialiste, concierge de l’usine. Bientôt elle les aida à sortir du matériel. Pascual était un cadre à la fois de la MOI, de la UNE et des guérilleros. Elle épousa sa cause devenant agent de liaison de la MOI, puis l’épousa tout court le 23 septembre 1941.
Le 17 juin 1944, il partit en mission. Le 4 septembre 1944, appelée en Ariège où elle demeura jusqu’au 4 octobre, elle découvrit ce qu’il avait accompli. Là-bas, son mari était un héros : le Commandante Royo, chef de la 3e Brigade de guérilleros qui avait délivré Foix et vaincu à Prayols.
A la mi-octobre, alors que Virginie était enceinte de leur 2e enfant, Pascual repartit combattre en Espagne. Elle apprit en juillet 1945 qu’il avait été tué à Valence, par les franquistes crut-elle.
Mais ce n’est qu’en 2008 que la famille fut informée par Ivan et Roland Delicado : soupçonné à tort de trahison, Royo avait été expéditivement exécuté sur ordre venu de France.
Bien sur Virginie est triste de cette tragédie, triste que la vérité ait été tue si longtemps ; triste que des compagnons de Royo en Ariège l’aient effacé de leur mémoire, par un banal suivisme la plupart du temps, par vanité pour quelques-uns. Elle souhaiterait que ceux qui ont connu Royo parlent...
Par delà la douleur, elle demeure fidèle aux idéaux de sa jeunesse, de leur jeunesse : pour la Liberté́, unir les résistants. Elle est toujours communiste et son petit-fils Pascal Gimeno l’est devenu.
Et tous deux se sont engagés, ensemble, dans le large front fraternel qu’est l’AAGEF-FFI.
Avec eux, pour eux, pour le Commandant Royo et tous les autres, continuons : Verdad, Justicia, Reparacion !
H.F. (Bulletin de l’AAGEF-FFI n° 126 – 30 juin 2012)